gérer et préparer
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l'interview de Noémie

En première année de licence de bio Noémie doit faire un dossier sur un métier, et elle a choisi "instit"... pour ce dossier Noémie doit mener des interviews... Je me suis prêté au jeu. L'interview peut intéresser ceux qui ne connaissent pas encore le métier...

- depuis combien de temps faites vous ce métier?

J'ai été recruté par concours en 1979. Je suis devenu instituteur , puis professeur des écoles. On peut dire que le système éducatif a beaucoup changé, la société a changé et des mutations importantes sont en cours, mais je pense que si je devais aujourd'hui me retrouver dans la situation du jeune étudiant qui choisit son orientation, ce serait probablement toujours l'enseignement qui dirigerait ma vocation.
- quelle est votre formation?
Elle n'est pas achevée !
Je me perçois comme toujours en formation. Autrement dit, tout en étant conscient que je pouvais avoir construit des compétences professionnelles au fil de ma carrière, je me suis toujours vu un peu comme "un étudiant permanent", ou en tout cas toujours en apprentissage, à l'affût d'une connaissance nouvelle, d'une évolution, d'une recherche...
Si l'enseignant a besoin d'une bonne formation initiale, il doit vraiment pouvoir mettre ses connaissances à jour régulièrement. Les connaissances ont évolué, ce que l'on sait aujourd'hui d'un enfant et de son développement grâce à l'apport des neurosciences est différent de ce que l'on pouvait en savoir il y a trente ans. On a vu peut-être grâce à l'Internet se développer la mise en réseau des savoirs, le concept de système est très présent et si de nombreux éléments existaient il y a trente ans, le souci de professionnalisation du métier d'enseignant est actuellement une donnée très forte dans le système éducatif français. Ce système éducatif ne fonctionne plus tout à fait indépendamment des autres systèmes éducatifs européens. Tout ce préambule pour dire que le métier d'enseignant est en lui-même un parcours de formation.

Cette formation, évolue aujourd'hui encore. Par exemple, un jeune enseignant qui sort de l'IUFM bénéficie de manière institutionnelle, d'un accompagnement à l'entrée dans le métier. Le concept de formation continue, tout au long de la carrière, est vraiment un élément très important de la culture professionnelle, un élément appelé à se développer...

Mais je reviens à la question !
Je fais encore partie de ceux qui présentaient le concours d'entrée à l'école normale d'instituteurs à l'issue du baccalauréat. J'ai toutefois bénéficié d'une vraie chance ! En effet, à l'époque où je présentais le concours (cinq postes d'instituteurs pour mon département cette année là), se mettait en place une toute nouvelle formation, prévue sur trois années.
Pour la première fois la formation des instituteurs incluait l'université.

Sans que ce soit aussi explicite que certains dispositifs qui existent à présent pour les jeunes maîtres, nous pouvions bénéficier d'une sorte de tutorat, d'un accompagnement particulièrement rapproché de nos formateurs.
Ceux-ci pouvaient tout à la fois nous proposer des compléments de formation quand ils sentaient que nous avions des lacunes disciplinaires, ils nous conseillaient dans nos différents choix... Nous avons parfois essuyé les plâtres, rien n'était parfait, mais après trois années nous avions quelques outils en main. Il faut ajouter le luxe dans lequel nous nous trouvions, notre école normale étant par la taille l'une des plus petites de France, notre promotion a été particulièrement chouchoutée... Nous avons été très nombreux à nous spécialiser, certains sont devenus directeurs, conseillers pédagogiques...

Je suis devenu instituteur après ces trois ans d'école normale. Je reviendrai après sur le parcours, mais du point de vue de la formation, j'ai pu recevoir ensuite à différents moments, sur la base du volontariat, des formations qui visaient soit à l'appropriation de nouveaux outils pédagogiques, soit à l'approfondissement d'aspects disciplinaires ou didactiques.

À d'autres moments, pour présenter des examens ou des concours, il m'a été nécessaire de me former de nouveau, il faut avouer qu'à ce moment-là il s'agissait davantage d'autoformation, d'un travail personnel même s'il pouvait être orienté.

- quel est votre parcours?
Je ne me suis jamais construit de plan de carrière mais j'ai toujours perçu mon métier de manière dynamique, et j'ai toujours apprécié l'idée que c'est un métier qui permet malgré tout une certaine diversité et de progresser.

J'ai eu cette chance d'enseigner en zone rurale, de vivre l'expérience de la classe unique qui m'a drôlement facilité le travail plus tard. J'ai pu participer assez tôt à ce qui, à l'époque, était novateur comme la mise en oeuvre de regroupements pédagogiques où très vite le travail en équipe s'est imposé comme une donnée essentielle.
Un peu plus tard, chance encore ! Si ! si ! On me confie la mise en place d'une équipe mobile académique de liaison et d'animation, autrement dit, j'ai travaillé pendant quatre années, circulant au volant d'un véhicule utilitaire, auprès d'enseignants et d'élèves de petites écoles rurales, travaillant plus particulièrement dans le domaine des nouvelles technologies, de l'audiovisuel, du développement de la lecture... Certaines écoles étaient à l'époque encore très pauvres et l'usage de l'informatique ou du simple projecteur de diapositives, le premier recours à la vidéo ou l'apport de sources documentaires; tout cela était rare...
Toutes ces ressources qui semblent banales aujourd'hui et qui ne sont que des outils étaient très nouvelles et pouvaient même dérouter les plus anciens des maîtres. Je crois que c'est là que j'ai commencé à me poser des questions relativement la formation des enseignants, à la nécessité pour eux d'apprendre à maîtriser les nouveaux outils...
Au passage il faut mesurer le saut technologique que nous avons vécu ! Je ne dis pas forcément qualitatif, mais Internet favorise l'accès à la formation et peut favoriser les échanges...

Après cette expérience très riche mais qui n'était pas de tout repos, mon inspecteur de l'époque m'a incité à devenir maître formateur. Je n'avais pas beaucoup d'ancienneté pour ça. C'est aussi le moment où j'ai décidé de quitter le monde rural pour la capitale.

Bien naïf, j'imaginais trouver à Paris outre d'importantes ressources, une vie pédagogique particulièrement animée et dynamique. En réalité ce fut la douche froide ! Cela tenait à toute une série d'habitudes qui s'étaient installées. Ce n'est pas que les maîtres ne travaillaient pas - même si je les trouvais moins engagés que nos collègues de province - mais du point de vue de l'innovation pédagogique Paris était loin d'être fer de lance auquel je m'attendais !


Je suis néanmoins devenu maître formateur. C'est-à-dire qu'après un examen, tout en continuant d'enseigner auprès de jeunes élèves, j'ai participé à la formation initiale des maîtres : accueil de stagiaires, formation en école normale puis en IUFM, suivi de débutants sur le terrain...


J'ai commencé comme maître - formateur en maternelle (je crois que j'étais un des premiers hommes dans cette histoire) , puis j'ai travaillé en élémentaire d'abord dans un quartier présentant une certaine mixité sociale avant de rejoindre une école annexe, c'est-à-dire une école où toutes les classes étaient tenues par des maîtres formateurs.

Incontestablement de très bonnes conditions de travail qui permettaient d'affiner les pratiques pédagogiques mais il m'a semblé enrichissant d'aller un peu plus tard travailler en zone d'éducation prioritaire, entre autres parce que les jeunes maîtres vont souvent travailler dans ces secteurs et parce que je crois vraiment que c'est aux plus chevronnés d'entre nous d'aller travailler là où c'est le plus difficile.

Si je n'ai pas pratiqué le nomadisme pédagogique, j'ai trouvé particulièrement utile de pouvoir enseigner aussi bien en moyenne section, au cours élémentaire deuxième année, au cours moyen... Changer de classe me semble-t-il contribue à mieux comprendre le parcours d'un élève...

Si à la fin des années 80 j'étais maître - formateur, j'étais toujours instituteur. Et pourtant, avec les années 90 sont apparus les professeurs des écoles.
J'étais cadre B et je formais des enseignants cadres A... Comme ce n'était pas très cohérent mais également pour des raisons salariales, j'ai présenté le concours interne de professeurs des écoles. Cela m'a valu un temps le sobriquet de " Poulidor " de la pédagogie...

Il y eut un moment dans mon parcours, où je me suis posé la question de quitter l'enseignement pour le monde mutualiste. J'y ai beaucoup appris et peut-être aussi pris le goût de l'organisation et des notes de service !

Cela me fait dire également que l'expérience en entreprise peut être très utile à l'enseignant.
Formateur, rencontrant de nouveaux enseignants qui viennent parfois du monde de l'entreprise, cela m'a probablement aidé à mieux les comprendre dans leur parcours... Mais j'avoue que mon attachement à l'institution éducation nationale, mon intérêt fort pour les questions relatives à la transmission des connaissances a prévalu...

Depuis quelques années j'exerce comme conseiller pédagogique au sein d'une circonscription auprès d'un inspecteur de l'éducation nationale. J'y travaille en équipe, en relation avec des directeurs, des enseignants et j'ai la chance de pouvoir observer de très nombreuses classes, de pouvoir croiser concrètement les injonctions institutionnelles, comme la mise en oeuvre des nouveaux programmes, avec ce qui est fait dans les classes...

Contrairement à ce que certains imaginent, je me conçois tout à fait comme un acteur du terrain. Même pas peur de prendre une classe s'il le faut !

Je participe à des actions de formation auprès des jeunes maîtres comme des plus anciens afin d'aider à l'analyse des pratiques, afin d'accompagner les équipes dans la mise en place de leurs projets, lors de stages de formation continue.

Le conseil pédagogique, est une mission originale où il ne s'agit pas de dispenser la bonne parole, mais il s'agit d'aider à la mise en oeuvre des nouveaux programmes, d'aider à ce que l'on appelle le pilotage par les résultats, autrement dit de contribuer au développement d'une culture d'évaluation qui ne s'oppose en rien à la responsabilisation des maîtres qui sont en France, libres de leurs choix pédagogiques, à la condition de mettre en oeuvre les programmes, de faire progresser les élèves, de leur faire atteindre les compétences définies par ces programmes.
La vie en circonscription est particulièrement riche et les missions y sont très diverses.

- à quelle classe(s) prefèrez vous enseigner et pourquoi?
J'ai peut-être apprécié le plus deux niveaux, à savoir la moyenne section et le cours élémentaire deuxième année... parce que ce sont des classes où l'on voit une très grande évolution au fil de l'année des comportements, des compétences des élèves...
J'avais des élèves de moyenne section qui commençaient l'apprentissage de la lecture, les élèves qui entrent par ailleurs au cycle 3 commencent à développer un peu plus d'abstraction...
Ce sont des moments passionnants... Mais je crois bien en réalité avoir apprécié enseigner à tous les niveaux parce qu'enseigner à l'école primaire c'est-à-dire de la maternelle à l'élémentaire, c'est bien pour moi la même démarche, la même logique...
Chacun peut avoir ses affinités, mais j'aurais été déçu de ne pouvoir rencontrer les différents âges
Je voudrais rappeler aussi, malgré la tradition qui veut identifier les classes par année scolaire, que notre enseignement est organisé en cycles d'une part et d'autre part, même si nous réunissons des enfants d'une même classe d'âge dans les mêmes murs, nous savons très bien qu'il n'y a pas un mais plusieurs niveaux d'élèves, que s'il existe des profils nous devons prendre garde à ne pas nous laisser enfermer dans la définition d'un élève moyen, d'une sorte de standard de l'élève de CE2 ou de CM1...
Ce qui est très intéressant dans l'enseignement auprès de jeunes élèves, c'est de pouvoir prendre en compte la diversité de leurs compétences, la diversité de leurs représentations de la connaissance, la diversité de leurs expériences...
L'école c'est d'abord le lieu de la rencontre non seulement des élèves avec les premières connaissances, mais de la confrontation de toutes ces intelligences... On apprend de ses maîtres, on apprend également de ses pairs...

-
le metier se limite il à l'enseignement en classe?
Poser la question, c'est déjà y répondre. Il arrive parfois aux débutants eux-mêmes de ne pas mesurer l'ampleur de la tâche. Il arrive que la lampe reste tard allumée !
Le professeur des écoles est un fonctionnaire. À ce titre, il doit le même nombre d'heures que tout fonctionnaire. Ce que je dis là n'est absolument pas populaire. À l'intérieur du nombre d'heures dues, chaque semaine, un maître en doit 26 à sa classe - ce sont ses heures de service devant les élèves - et une pour ce qui relève de la concertation et des animations pédagogiques dispensées en circonscription.

Il doit également préparer la classe, corriger le travail, recevoir les parents et leur communiquer les résultats des élèves...
Cela demande du temps et ce temps est à partager entre l'école où il faut souvent rester et la maison.
Dans certains pays, en plus de leurs salle de classe, les maîtres disposent de confortables salles de réunions, de bureaux pour recevoir les familles et travailler... Peut-être cela manque-t-il à nos écoles ?

Il faudrait aussi à terme redéfinir le service obligatoire des maîtres d'autant que les exigences actuelles de concertation requièrent un véritable travail en équipe.
Certains syndicats voudraient que l'on réduise le nombre d'heures passées à enseigner chaque semaine... Il me semble que l'on ne pourra avancer dans ce domaine qu'en osant reprendre le calendrier de l'année scolaire et des congés scolaires... Il devrait être possible en limitant les grandes vacances, d'avoir des journées scolaires moins longues pour les enfants chaque semaine sans réduire le temps global et de libérer du temps pour le travail des maîtres. Cela reste un sujet tabou même si les chronobiologistes ont depuis longtemps tiré la sonnette d'alarme pour nos élèves !

Dans certains pays européens, comme par exemple en Espagne, les maîtres rentrent plusieurs jours avant les élèves à fin de préparer la rentrée scolaire et d'harmoniser les programmations.
En France, nous nous contentons de deux jours. Dans d'autres pays, les enseignants ne quittent pas la classe pour suivre des stages de formation continue, ils sont formés hors du temps scolaire, ces formations sont qualifiantes et reconnues et leur permettent de progresser dans la carrière.
En France, les maîtres ont droit à 36 semaines de formation sur leur temps de travail. Quand ils quittent la classe, ils sont remplacés par des enseignants titulaires... C'est un plus et un moteur mais cela a un coût certain ...sauf quand il s'agit de professeurs des écoles stagiaires qui ont besoin de trouver des terrains afin d'assurer leurs premiers acquis...

Enseigner suppose également pouvoir exercer ce que j'appelle une sorte de la veille pédagogique, c'est-à-dire une vigilance à tout ce que l'institution produit et demande aux enseignants de mettre en oeuvre, c'est se cultiver, s'informer ; disposer de temps pour se ressourcer, retrouver son énergie, fréquenter des milieux qui ne soient pas essentiellement constitués d'enseignants ou d'enfants de manière à élargir son horizon.

Mais tout enseignant d'école primaire sait que d'une certaine façon, même en vacances, il pense toujours à sa classe : une visite au musée lui suggère une idée en histoire ou en arts visuels, un déplacement à la campagne l'incite à récolter des éléments qu'il présentera à sa classe, un passage au rayon littérature jeunesse de la librairie l'invitera à sélectionner le prochain album où le prochain roman...

Il ne faut pas oublier que certaines activités comme l'élaboration d'une séquence de science peuvent demander beaucoup de travail aux maîtres : conception de la séquence, recherche du matériel, mises au point des observations et des évaluations pour faire évoluer un projet, corrections diverses...
Une séance de quarante cinq minutes devant les élèves peut demander deux à trois heures de préparation même si d'autres iront beaucoup plus vite.

Pour conclure sur ce point, la question du temps des enseignants, comme la question du temps à l'école, c'est une question particulièrement importante qui fait partie de ce que l'on peut appeler l'ergonomie générale de la classe. C'est un sujet vers lequel nous devrions avancer parce que nous disposons là de véritables leviers d'action.

- quelle est votre vision de ce métier ? comment le définiriez vous? ( utilité, points positifs, négatifs...)
C'est un métier justement !
Il ne suffit pas d'avoir des connaissances ou d'aimer les enfants pour le réussir.
Il ne faut pas se laisser envahir par la théorie mais elle est nécessaire. Il ne faut pas se laisser submerger par les aspects pratiques, mais il faut être particulièrement organisé.
Il ne faut pas être intilement sévère, mais il faut être exigeant pour soi et ses élèves !
La classe n'est pas "une petite entreprise", mais il faut savoir la piloter, se donner des objectifs, travailler en équipe, orienter son action en fonction des résultats obtenus... Il faut assurer la continuité pour chaque élève afin que chacun puisse progresser, disposer des bases de la culture commune..

Si la Société est fortement secouée dans un monde qui connaît des transformations très rapides, où les flux d'informations sont intenses mais où la médiatisation ne permet pas toujours de résister à l'urgence et aux raccourcis... l'école n'est pas imperméable. Mais malgré tous les doutes, des réponses professionnelles existent.
L'institution elle-même cherche des réponses, questionne, se questionne, se met en cause, innove et met en oeuvre des réponses qui parce qu'elles ne sont pas simplistes, parce qu'elles s'inscrivent dans la complexité du monde actuel, ne sont pas toujours visibles et lisibles pour les béotiens ou les parents...

On voit parfois des campagnes médiatiques très fortes, qui mettent en cause les enseignants, font régner le soupçon vis-à-vis de certaines de leurs pratiques... Mais dès qu'on entre dans une école, que l'on discute avec une équipe d'enseignants, on voit très vite le travail dont ils sont capables et des avancées particulièrement intéressantes ...
Toutefois, on observe des situations de disparités très grandes en particulier du point de vue des résultats... et malgré ce que certains pensent ces disparités ne tiennent pas toujours exclusivement du contexte social. Il y a des écoles dans des milieux favorisés dont les résultats sont inférieurs à ce qu'ils devraient être, dans des quartiers défavorisés, des équipes obtiennent des résultats particulièrement encourageants. Elles mériteraient souvent une meilleure valorisation de leur travail .

L'un des enjeux de demain, c'est le réussir à maintenir l'école dans le cadre institutionnel. L'instituteur c'était celui qui représente l'institution. Il en reste encore quelques uns dans nos écoles, mais ils deviendront bientôt tous professeurs des écoles !

L'institution permet de poser le cadre républicain. Elle s'adresse aux futurs citoyens qu'elle accueille tous dans un esprit d'équité, avec le souci du respect des valeurs, dont la laïcité, concept que nombres de nos voisins ont un peu de difficultés à bien intégrer.

L'école est aussi un service public à la condition de ne pas transformer les élèves et leurs familles en consommateurs de ce service mais en acteurs, c'est-à-dire pour les parents en véritables partenaires, pour les élèves, en personnes. Les élèves sont en droit d'attendre de recevoir à l'école les connaissances prévues, mais surtout ils doivent être reconnus dans leur diversité, dans la spécificité de leurs besoins. La nouvelle loi sur le handicap qui dit que chaque enfant même porteur de handicap peut légitimement être scolarisé dans son école de secteur est un défi particulièrement important.

Au delà, différencier les pratiques, c'est un enjeu fort : le maître enseigne pour tous mais il diversifie sa pédagogie. Il répond aux besoins aussi bien de l'élève qui doit achever d'apprendre la langue que de celui qui rencontre des difficultés d'ordre cognitif ou du précoce... Pour répondre à ces nouvelles exigences, il ne peut travailler seul.


- c'est un métier qui apporte quoi?(du point de vue évolution/satisfaction personnelles)

Les maîtres sont nombreux malgré les difficultés à pouvoir témoigner de leur bonheur d'enseigner, de voir progresser les élèves, d'observer comment certains élèves se transforment...
Les satisfactions sont multiples.
Enseigner est un métier de relations qui peut élargir l'horizon.
Enseigner c'est aussi se poser chaque jour la question du savoir et de sa construction, quel problème pose l'élaboration de telle ou telle connaissance ? Comment les élèves mettent-ils leur intelligence en action ? Comment acceptent-ils de fournir de réels efforts ? ..

À cet élève qui va peu à peu se décentrer de "sa vision totalitaire" du Monde, celle du petit enfant qui pense que tout passe par lui, le maître va proposer des situations d'apprentissage qui vont lui permettre de différencier le monde, d'y observer ce qui est pareil et ce qui n'est pas pareil, mais plus loin encore le maître c'est celui qui va aider les élèves à faire du lien entre les différents éléments, à se forger les éléments de la culture commune...
Rien de plus enthousiasmant que de voir des élèves s'approprier la lecture de Victor Hugo, se trouver un cousinage avec Gavroche, tandis que d'autres travailleront à l'élaboration de critères scientifiques lors de la réalisation d'un objet technologique, développeront leur esprit critique en comparant deux documents historiques, enrichiront leur lexique, leur expression orale ou écrite en produisant de nombreux textes...

Moments forts de communication, échanges d'énergies, jubilation d'une classe qui trouve la solution du problème de mathématiques et qui sait le prouver... On pourrait multiplier les exemples !

-est ce un métier qui est, à votre avis, amené à évoluer dans les prochaines années?
Le métier doit évoluer : vers une culture de l'évaluation qui ne se confonde pas avec la notation classique, avec l'élaboration d'outils qui permettent d'assurer la continuité et la cohérence des enseignements sans s'enfermer dans une planification excessive mais en évitant la navigation a vue...
Ce qui est tout de même aujourd'hui particulièrement intéressant, c'est que chaque enseignant porte sa part de responsabilité. Elle est la contrepartie de la liberté pédagogique dont il dispose. Chacun doit agir en sachant que notre métier ne peut plus s'exercer isolément.

Les partenariats sont nombreux avec les parents, avec les collègues, avec les formateurs... Personne ne dispose de la méthode miracle, de la recette magique et heureusement...
Le pessimisme fait souvent commerce de nos jours. Il faut lui préférer une lucidité active, une lucidité qui engage.
Oui le métier, l'école, tout comme la société toute entière vont connaître de fortes évolutions. Il faudra prendre le temps de se poser, de réfléchir, d'observer vraiment les effets d'une action...
Cela sera douloureux si certains s'enferment dans la crispation que l'on peut comprendre mais dont on sait qu'elle est un piège.
Il faudra à cet égard réussir à ce que les maîtres de demain ne soient pas en quelque sorte "les consommateurs de leur propre institution", il faut qu'ils se voient bien comme acteurs de l'institution, comme partie prenante du système.
Le fonctionnement démocratique impose que nous mettions en oeuvre les décisions politiques. La question des moyens peut-être posée à la condition que tout acteur du système, y compris le maître dans sa classe ose se poser la question du rapport entre les moyens engagés et leur efficacité.
À l'époque où les déficits publics sont particulièrement importants, il n'est pas injurieux que chacun puisse être conscient de l'impact économique de certains choix.
Il ne s'agit même pas de porter un jugement mais là aussi d'être plus lisible pour gagner une meilleure crédibilité lorsque justement pour des actions identifiées et justifiées des moyens seront demandés..
C'est bien la question du choix.
Elle s'incarne par exemple avec l'objectif national pour tous qui est de mettre en oeuvre les programmes et de faire atteindre aux élèves les compétences de ces programmes... mais pour que cela marche partout, il faut localement élaborer des projets en fonction des besoins spécifiques du public d'élèves concerné, ces fameux projets école, qui ne doivent pas être du papier mais doivent permettre de réfléchir aux meilleurs moyens à mettre en oeuvre pour que tous progressent.

Tous les choix ne sont pas tranchés aujourd'hui, mais du point de vue de l'enseignant, au-delà des inquiétudes légitimes, de vraies réponses professionnelles s'élaborent.
Le métier de professeur des écoles est plus que jamais un beau métier, un métier de responsable, un métier d'équipe... Le corps des professeurs des écoles est appelé à un fort renouvellement dans les années qui viennent... nous aurons besoin de vocations !

 

et vous ?
quel est votre point de vue sur la question ?

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droits réservés vincent breton paris pour prepaclasse.net décembre 2005