retour vers l'accueil gérer et préparer
la classe primaire
élémentaire
&
maternelle
la lolf et l'école

Le 1er août 2001, la loi organique relative aux lois de finances a été votée.
Cette nouvelle constitution financière de la France est en oeuvre depuis janvier 2006.
Voulue par les différentes majorités qui se sont succédées, elle est décrite par certains comme un « changement de culture ».
Si elle relève du budget de l'État, cette loi nous touche directement.
Elle peut avoir un impact sur l'école et les pratiques des maîtres.

 

Pourquoi cette loi ?
des motivations d'ordre divers à croiser et relier en système...

une entrée européenne
- avec le souci de rechercher une meilleure harmonisation relative à l'euro et à la monnaie
- avec la volonté d'encadrer les dépenses (pacte de stabilité et de croissance)
il va sans dire que la crise provoquée par l'échec du référendum sur la Constitution européenne a engendré dans ce domaine plus de doutes que de réponses...
une entrée fiscale
- la plupart des acteurs politiques souhaitent réduire la pression fiscale
- l'État a le souci d'exercer une meilleure maîtrise des rentrées fiscales, une remise en ordre comptable (on ne sait pas toujours où va l'argent)
- la recherche d'une harmonisation européenne sur certains impôts
une entrée économique
- on connait les interrogations actuelles sur la place de l'État et son intervention dans les secteurs économiques,
- nous sommes aujourd'hui dans l'idée d'entrer dans une logique budgétaire « centrée sur la performance », logique qui suppose une évaluation qui ne soit pas seulement un contrôle classique des dépenses mais qui mesure l'efficacité, la qualité...
Cette évolution peut faire l'objet de débats et de choix selon le modèle économique de référence.
Sans développer on pense ici à la fois à la problématique des « domaines de l'État » et de la concurrence, comme à la « spécificité des services publics français ».
Cette spécificité est d'autant plus forte en France que l'école laïque et républicaine est service public et institution organique de l'État.
Cette institution est soumise en quelque sorte à plusieurs usagers : le financeur (l'État, les collectivités locales), les parents (tour à tour consommateurs et citoyens) et les élèves.
On ne pourrait exclure la logique des personnels dans un domaine où les salaires représentent l'essentiel des dépenses et où l'emploi est réputé stable mais les perspectives de promotion et d'évolution restent limitées.

entrée démocratique
- avec la volonté de redonner plus de pouvoir au parlement et de permettre aux citoyens – administrés de disposer d'un service public dont les dépenses sont optimisées et rendues plus efficaces.
- C'est l'introduction de la logique de résultats et non de moyens.

Les citoyens ont un droit légitime de regard sur l'impôt. Chacun perçoit une volonté d'améliorer la gestion. Cela suppose des réponses d'ordre technique. Mais le politique entre vite en jeu : tout engagement de dépense doit s'assortir des recettes correspondantes.
Il faut donc se fixer des objectifs et accepter des transferts de compétences pour les maîtriser au plus près : ainsi, le ministre de l'éducation nationale devient son propre ministre des finances mais il déconcentre pour part des éléments du budget.

La LOLF prévoit une dotation globale à chaque académie.
5 programmes permettent de répartir les budgets :
Enseignement scolaire public du premier degré
Enseignement scolaire public du second degré
Vie de l'élève
Enseignement privé du premier et du second degrés
Soutien de la politique de l'éducation nationale

Le recteur de chaque académie devient responsable et gère le Budget opérationnel de programme académique(BOPA) . Au niveau national il a été défini un projet annuel de performance (PAP) dont il existe une déclinaison dans chaque académie.
On parle de « pilotage ».
Ce pilotage doit se construire sur des indicateurs qui doivent être pertinents, croiser les points de vue et répondre à l'intérêt général.
Les indicateurs doivent aider à élaborer une stratégie et se projeter dans l'avenir tout en donnant des éléments pour « rendre compte ».

Par exemple : si localement l'usager parent d'élève ou l'enseignant peuvent trouver légitime d'exiger la baisse des effectifs, le contribuable peut trouver cela trop lourd au regard des résultats obtenus...

On parle de plus en plus de stratégie.
Nous sommes dans un cadre où s'exprime la globalisation des moyens.L'affectation des crédits, dans le cadre du programme, n'est pas rigide, mais seulement prévisionnelle. C'est ce que l'on nomme la fongibilité des crédits.
Bémol important, cette fongibilité est dite asymétrique : il est possible d'utiliser à d'autres emplois les crédits prévus pour les dépenses de personnels... mais l'inverse ne peut être réalisé (souci de limiter le nombre de fonctionnaires). Les crédits de personnels sont limitatifs.

Les indicateurs de performance
http://www.minefi.gouv.fr/lolf/downloads/501_p_enseignement_public_premier_degre.pdf

Le programme se décline en actions, objectifs et indicateurs.
Par exemple pour l'enseignement scolaire public du premier degré , le programme 140 se décline en 7 actions :
1.enseignement pré-élémentaire
2.enseignement élémentaire
3.besoins éducatifs particuliers
4.formation des personnels enseignants
5.remplacement
6.pilotage et encadrement pédagogique
7.personnels en situations diverses

Chaque action donne lieu à une description du contexte et rappelle les textes de référence.
On détermine ensuite des objectifs
par exemple :
conduire tous les élèves à la maîtrise des compétences de base exigibles au terme de la scolarité primaire.
A cet objectif pourra correspondre comme indicateur, le pourcentage d'élèves maîtrisant les compétences de base en français et en mathématiques.

On peut se construire également des indicateurs relatifs aux langues vivantes, à l'efficience du remplacement ou à l'évolution de l'écart entre les résultats obtenus hors zep et en zep...

Ces indicateurs peuvent se croiser ou rencontrer d'autres indicateurs comme ceux construits pour aider à des comparaisons internationales, ou d'autres mis en place localement (évolution du taux de redoublement, nombre d'élèves suivis par le RASED etc.).

Du point de vue pédagogique, une telle approche nous fait entrer dans une culture de l'évaluation qui ne se confond pas avec le simple contrôle.
Cela peut se croiser avec l'approche par compétences introduite dès la loi de 89 et reprise notamment par
les propositions du Hce pour le socle commun.

Quelques problèmes...
On peut regretter que le Ministère ne se soit pas engagé dans une politique plus active d'explicitation en direction des personnels enseignants.
La démarche reste très verticale et dans les services académiques, les gestionnaires évoquent pour l'instant la LOLF plus en termes de contraintes qu'en termes positifs et constructifs.
Il semblerait même que l'on observe par frilosité la création d'outils locaux qui ajoutent de la contrainte et des charges administratives au lieu de responsabiliser, libérer initiative et énergies. Autrement dit par crainte on fait "du papier" et on ajoute de l'administratif (coût qu'il faudrait intégrer).
Dans le premier degré, la mise en oeuvre de la LOLF est singulièrement compliquée par le fait que les écoles primaires ne sont pas des établissements et qu'il faudrait ajouter pour une vision plus complète et cohérente, des indicateurs relatifs aux politiques et actions des collectivités locales : aménagement des locaux, équipement informatique, personnels municipaux affectés aux écoles, regroupements pédagogiques, actions locales de lutte contre l'échec scolaire, politique de la Ville... Une étape reste à franchir car pour l'heure l'égalité et l'équité républicaines ne sont pas de mise tant les disparités sont grandes entre communes...parfois entre quartiers.

Si certains choix ne sont pas clarifiés, si l'État ne parvient pas à compenser les inégalités, à terme c'est l'unité du système scolaire qui pourrait être mise en cause. L'école publique d'État peut très bien évoluer dans les temps à venir, des choix citoyens et politiques sont attendus.

Du point de vue pédagogique, l'élaboration d'indicateurs est une chose pertinente pourvu que :
-ceux-ci ne soient pas trop nombreux
- que leurs critères d'élaboration soient les plus clairs possibles
- que la photographie qu'ils donnent ne privilégie pas les approches quantitatives sur le qualitatif : il faudra une très grande exigence d'honnêteté, il faudra aller voir « sous les chiffres » et ne pas se contenter de résultats « globalement positifs ou négatifs »
- Le risque existe soit de baisser la norme d'exigence, soit de fabriquer de l'échec ou d'orienter trop précocement les élèves.
Le principe d'éducabilité pour tous, la reconnaissance de l'intelligence de tous et la reconnaissance de tous les domaines comme des champs possibles d'excellence doivent rester notre préoccupation.
S'il ne faut pas mépriser l'économique, il ne faut pas non plus asservir l'école à l'économie
: nos élèves doivent pouvoir évoluer dans le réel, ils doivent pouvoir s'adapter à l'incertitude, se préparer à la mobilité, mais ils ont le droit à la sapidité de la culture, ils doivent pouvoir s'émanciper de leur milieu social ou culturel, être manuels et intellectuels...
Il faudrait ne jamais oublier l'élève et son parcours personnel qui doit pouvoir se faire sur la durée, à son rythme, tout en bénéficiant d'aides et de stimulations précoces.
La stratégie qui a visé à rétablir le redoublement nous semble à cet égard risquée. Le PPRE est une bonne avancée... mais on ne doit pas s'interdire de penser la scolarité de tous nos élèves en termes de parcours personnel. La confusion fréquente est de penser que le parcours personnel suppose forcément un traitement individuel. En réalité, identifier des profils d'élèves permet aussi d'élaborer des stratégies du point de vue des profils de classe, des groupes de besoin etc.

Du point de vue des maîtres, la LOLF peut aussi avoir un impact sur la représentation de leur formation personnelle et de leur parcours professionnel qui pourrait prendre la forme d'un portefeuille de compétences professionnelles et cognitives à enrichir tout au long de la vie.

Par ailleurs, la LOLF devrait aider les maîtres à mieux penser leurs choix dans l'école relativement au projet d'école, mais aussi projets de classe lorsqu'une action est décidée (classe de découverte, achat de manuels...).
Lorsque je menais des classes de découverte avec la ville de Paris, qui pouvaient coûter plus de 8 000 € il me semblait important de le faire savoir aux élèves et aux parents.
Cela supposait aussi d'agir avec responsabilité et de « rentabiliser » au mieux ce type de projet en améliorant le niveau des apprentissages.

Les choix relatifs à la LOLF pourraient également se relier aux chois relatifs au développement durable et au parcours sur le long terme des élèves et des maîtres.
A cet égard on se demande pourquoi le suivi des cohortes d'élèves et le travail sur les continuités n'est pas plus développé.

La logique de résultats devrait nous permettre d'éviter les attributions systématiques et automatiques de crédits.
Par exemple, lorsqu'une école se voit attribuer « tant d'euros » pour l'enseignement des sciences alors qu'elle n'a pas élaboré de projet spécifique préalable, cela ne semble pas pertinent.
A contrario, on peut se demander quelle part laissera la LOLF aux initiatives locales et quelle autonomie sera laissée aux acteurs du terrain ?

Pour être efficace, la LOLF qui doit nous apprendre à dépasser la logique de moyens, doit aussi valoriser l'idée d'accompagner de manière constructive les besoins de l'école : un souci local sur un indicateur doit appeler une réponse institutionnelle. Les équipes doivent être accompagnées, la mutualisation développée, la mise en réseau réelle.
C'est dire que pour réussir la LOLF doit s'inscrire dans une logique systémique où l'esprit de compétition doit être abandonné au profit d'un devoir de mutualisation, de compensation et de projet.
Si la logique libérale l'emportait, il n'est pas certain que l'école "service public" ne serait pas remise en cause à terme.
Tout cela est complexe et ce d'autant plus que l'endettement de l'État est préoccupant, que les tensions sociales sont vives et les conservatismes sont forts.
La logique de croissance économique dans laquelle nous nous enfermons encore accélère probablement nos difficultés.
Toutefois, les marges de manoeuvre des équipes locales existent encore et des réseaux non institutionnels – comme ceux du libre Internet – peuvent contribuer à promouvoir une école responsable de ses dépenses, qui accepte de mesurer l'effet de ses projets, d'en rendre compte pour donner de la valeur à son action , qui place l'évaluation et les acquis des élèves au coeur de ses préoccupations. A cet égard, le lien avec les différentes pratiques européennes semble porteur tant nos problématiques sont partagées et tant regarder l'autre permet de mieux se regarder.

Quelques liens utiles :

lolf

acquis_des_eleves.pdf
Evaluation et statistiques - M.E.N.E.S.R.
Indicateurs de résultats des lycées
La loi organique relative aux lois de finances - ministère de l'Éducation nationale
Loi organique relative à la loi de finances
LOLF Comment la LOLF a-t-elle été préparée et adoptée - Finances publiques - Découverte des institutions - Vie-publique.fr



 

et vous ?
quel est votre point de vue sur la question ?
avez-vous abordé cette problématique de la lolf dans le cadre professionnel ? sous quelle forme ? percevez-vous dans votre quotidien des évolutions liées à cette nouvelle constitution financière ?

vos réactions et contributions prepaclasse@aol.com 

 

droits réservés vincent breton paris pour prepaclasse.net  avril 2006