|
problème posé:
comment bien communiquer
avec les parents d'élèves ?
Prepaclasse
a déjà évoqué les relations avec les parents d'élèves et les aspects relatifs
par exemple aux réunions avec les parents.
Nous voudrions ici compléter les éléments
proposés à partir d'un constat simple. Une mauvaise
construction des relations peut engendrer des dysfonctionnements
ou parasiter l'action des maîtres auprès des élèves.
Si les maîtres ne sont pas responsables de tout, ce sont
eux qui par leur attitude professionnelle peuvent faciliter la
communication. Nous devons parfois dépasser nos propres
résistances, mais avec un minimum d'évolution,
nous pouvons très vite voir des progrès tangibles.
Professionnels,
les maîtres inscrivent leur action dans le cadre d'une
action concertée entre eux mais aussi avec avec les familles
. Le rapport Thélot évoquait déjà
cette orientation, la nouvelle loi d'orientation sur l'école
en donne exemple avec la mise en place du programme personnalisé de réussite
éducative où
les parents devraient être associés au suivi du
programme.
quelques idées
clés :
Les grandes propositions ou décisions concernant la scolarité
et le parcours de l'élève dans l'école doivent
être l'expression d'un choix collectif. Pour être
crédible auprès des familles, cette décision
doit être effectivement collective et la cohésion
de l'équipe est un atout. Le directeur est le garant de
la continuité et de cette solidarité de l'équipe.
Mais il ne s'agit pas de constituer un bloc "contre"
mais un bloc "pour" le suivi de l'élève.
Par
exemple: ce n'est pas la maîtresse seule qui fait "redoubler"
un élève mais l'ensemble du conseil des maîtres
de cycle qui s'engage. Cela impose un véritable travail
du conseil des maîtres de cycle où l'on parle non
pas sur l'élève mais de son travail, de ses compétences
et du projet défini pour lui. Lorsqu'un élève
rencontre des difficultés, c'est l'équipe qui réfléchit
aux solutions.
C'est pourquoi tout redoublement devra faire l'objet d'un programme
personnalisé pour l'enfant.
Nous savons:
qu'un parent d'élève insatisfait cherchera une
réponse soit auprès du directeur, soit de l'inspecteur...
ou plus "haut" encore !
Ce dernier joue un rôle hiérarchique. Il peut disposer
d'outils pour désamorcer un conflit mais il faut hiérarchiser
des priorités et anticiper pour éviter de déplacer
la discussion en dehors des personnes concernées.
L'idée
c'est de se donner les moyens de devancer les éventuelles
réactions négatives en proposant de communiquer
y compris sur les choix d'équipe: comment sont constituées
les classes, quel est le projet de l'école...
Cela implique un stricte respect de l'équité, une
lisibilité des règles, ce qui ne veut pas dire
sortir du devoir de réserve.
Pour construire une
bonne "hygiène relationnelle" (comme le propose par exemple Jacques
Salomé), j'évite
de "parler sur":
- parler "sur" les collègues ou "sur"
les parents mais aussi de parler "sur" les enfants.
Je n'ai
pas à interpréter une attitude. Je m'en tiens aux
faits. Le travail de l'élève, les évaluations
sont des outils de dialogue.
J'évite les jugements de valeur.
Les jugements de valeur deviennent vite une "croyance"
enfermante sur la personne.
Je ne compare pas entre eux les enfants d'une même famille.
Je ne diffuse pas d'informations sur une famille, sa vie privée...
Je demande aux personnes qui évoquent ces sujets de revenir
à des considérations professionnelles. C'est aussi
une manière de m'affirmer dans mon éthique professionnelle.
J'écoute
les ressentiments en particulier des familles , mais je demande
des explicitations fondées sur des faits, je vérifie
avec la famille en montrant quels sont mes outils professionnels.
"Vous
dites que votre enfant a régressé dans la classe.
Nous allons voir ce qui vous donne ce sentiment. En observant
les évaluations, nous voyons une progression très
nette. En comparant celles-ci aux camarades de la classe, nous
voyons que les indicateurs sont bons. Que pensez-vous ? Voulez-vous
dire que vous pensez que votre enfant pourrait aller plus loin
? Je vais vous montrer des compétences qu'il doit encore
développer. S'il lui manque certains acquis, nous risquons
d'avoir des difficultés pour ce que vous demandez. Voulez
- vous que nous construisions un projet pour une période
donnée, avec des objectifs précis ? Nous le ferons
mais en nous basant sur les programmes. Nous nous verrons pour
en reparler à une date précise, vous nous direz
ce que vous percevez.Mais il faut que nous en parlions ensemble
à votre enfant."
S'il existe
une situation que j'évaluais mal, je propose à
la famille de creuser la question, de concevoir un programme
spécifique pour l'enfant pour une période donnée
et d'observer ensuite les évolutions.
Ne
pas se tromper de niveau de relation :
- les parents me
font des reproches qui peuvent m'atteindre personnellement, à
moi de situer cette relation sur le plan professionnel pour me
protéger et dans l'intérêt de l'élève.
je ne dois
pas être naïf, j'aime que l'on apprécie mon
travail, mais je ne travaille pas pour être aimé
des parents d'élèves. Je dois aussi veiller à
enrichir ma vie affective personnelle tout comme ma vie culturelle
de façon à ne pas tout miser sur le professionnel
et me trouver sujet à des déperditions d'énergie.
je ne dois
pas chercher à me défendre mais faire expliciter
les ressentiments en demandant du concret et confirmer en reprenant
les mots du parent:
"vous
dites que je n'enseigne pas bien l'orthographe, c'est mon inspecteur
qui juge ma façon d'enseigner, mais dites moi ce qui vous
fait dire ça" " je peux maintenant vous montrer
ce qui est demandé dans les programmes et vous dire en
quelques mots comment nous avançons avec les élèves..."
Il faut
essayer de revenir "aux faits", passer de sentiments
ou du ressenti .
J'écoute
les ressentiments de l'autre, j'essaie d'écouter les miens...
Dans le
ressentiment de l'autre, il y a quelque chose qu'il a mal compris,
peut-être un réajustement de mes pratiques que je
dois envisager (rendre plus visible ou lisible une action, améliorer
une pratique) mais je ne dois pas fluctuer au gré des
demandes extérieures. Je fonde mon travail sur les exigences
des programmes, les démarches pédagogiques que
je maîtrise grâce à ma formation ou mon expérience
professionnelle, l'appui de mes collègues.
Je ne cède
pas au sentiment de culpabilité mais je reste en veille.
C'est l'action professionnelle qui est mon moteur.
Pas
de langue de bois mais de l'action !
J'évite
de me parasiter l'esprit mais je dois être vigilant sur
ce qui me heurte ou me bloque chez une personne.
Je sais que je ne "supporte" pas tel collègue
ou telle famille, je suis donc encore plus vigilant à
parler en professionnel avec ces personnes et ne pas parler "sur
eux".
C'est une équipe qui travaille auprès de l'élève,
le maître de la classe est l'intervenant principal pour
l'année.
Certains parents sont
silencieux, ne disent rien, ne communiquent pas: je dois veiller
à aller vers eux, comme je dois veiller à m'intéresser
au cas de chaque élève sans me laisser accaparer
par les "cas difficiles".
La relation, je la
crée, je peux la susciter, y compris en m'appuyant sur
l'élève :
- j'associe l'élève aux entretiens individuels
et je le fais s'exprimer sur le travail
- nous invitons les parents à découvrir nos activités,
notre travail ou pour des explicitations du livret dans la classe
Certains
parents sont en demande "en urgence" mais parfois,
ce n'est pas le moment... Je leur propose tout de suite un rendez-vous
pour bien entendre leur demande et s'ils sont très pressés
dès le matin avant la classe... Recevoir une famille le
matin tôt dans l'école calme est souvent un bon
moment. On peut même offrir une tasse de café !
Lors
d'un rendez-vous je peux prendre des notes ou même avec
la famille et l'élève contractualiser un engagement.
Je peux m'appuyer sur les travaux de l'élève, avoir
préparé les cahiers, les évaluations, m'appuyer
sur une production d'un autre élève sans dévoiler
son nom...
"
Pendant deux semaines vous allez surveiller de près l'apprentissage
des leçons et j'interrogerai chaque jour votre enfant
, nous nous reverrons à telle date pour observer les progrès."
(Chacun des trois partenaires s'engage et signe). Si ça
marche, nous poursuivrons et peu à peu votre enfant apprendra
comment apprendre ses leçons seul...
Un parent a été
agressif avec moi devant l'enfant. Je rassure l'élève
en disant qu'on explicitera les choses et que c'est le travail
qui compte. Je peux dire à l'élève qu'il
ne sera pas pénalisé des relations qu'entretiennent
les adultes entre eux. Je peux parler avec l'élève
d'un rendez-vous avec ses parents... lui demander ce qu'il en
pense.
Je me méfie aussi des trop grandes connivences entre adultes
qui peuvent parler "sur l'enfant" y compris devant
lui. Je laisse à l'enfant la possibilité de garder
son jardin secret.
J'intègre la
communication vers les parents à mes pratiques quotidiennes
:
- je permets aux parents
de comprendre ce que les élèves font dans les cahiers
et comment ils sont évalués
- je n'écris pas de propos personnels "sur l'élève"
dans les cahiers
- je ne convoque pas les familles je leur "propose une rencontre"
- je propose des rencontres même "quand ça
va bien"
- avec la classe nous produisons des écrits qui explicitent
nos activités, nos démarches, nos objectifs...
Je fais connaître les programmes et les compétences
à travailler.
Les contrats, les projets, les aides individualisées ou
les programmes personnalisés sont rédigés
de manière simple, lisible...
Je m'appuie sur les évaluations nationales, les indicateurs...
Je responsabilise les élèves dans
la communication autour des activités de la classe, des
programmes individuels et des projets de classe. Je leur donne la parole
(en préparant les choses) au sein des réunions,
je prévois des temps où la classe accueillera des
parents (semaine de la poésie, présentation des
évaluations, débats...).
J'évoque
en conseil des maîtres la manière dont nous communiquons
avec les familles dans l'école. Ce peut-être un
point du projet d'école.
De temps
en temps, je fais le point et je réfléchis à
la manière dont nous communiquons avec les parents de
la classe. je peux même faire le schéma des relations
avec les parents en construisant par exemple une représentation
heuristique des relations : "ceux que je ne vois jamais",
"ceux que je vois tout le temps" "pour protester"
" qui sont inquiets" "pour apporter leur aide""pour
parler de la santé de leur enfant.." etc. Je peux
indiquer aussi pour moi même "ceux qui me font peur"
"ceux que j'aime voir venir" "ceux qui me collent"..chacun
trouvera ses mots, ce qui le frappe et pourra se donner un objectif
pour avancer.
Si j'étais
parent d'un élève de ma classe, qu'aimerais-je
savoir ? Que pourrais-je penser des éléments visibles
qu'offrent la classe, les travaux de l'élève etc.
Je dois accepter de ne
pas avoir prise sur tout, mais mon action peut permettre un bon
climat. Je peux par mon attitude constructive, mon action professionnelle
et ma communication active intégrée au projet de
classe trouver un moteur efficace pour la classe.
à lire:
"Oser travailler heureux" de J Salomé et C Potié
chez Albin Michel
et
vous ?
dites-nous quels types de relations vous construisez avec les
parents de vos élèves ?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |